Le gouvernement canadien a sous-estimé les risques et les coûts liés à l'achat d'avions de combat furtifs américains F-35, selon un rapport d'audit publié mardi qui a aussitôt forcé Ottawa à geler le budget d'acquisition pour cet appareil.
Le gouvernement canadien avait annoncé en juillet 2010 l'acquisition, sans appel d'offres, de 65 F-35 du constructeur américain Lockheed Martin pour un coût de 9 milliards de dollars canadiens (autant de dollars américains), 16 milliards de dollars en tenant compte des contrats d'entretien, la plus importante commande militaire de l'histoire canadienne.
Dans ce rapport, le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, reproche au ministère de la Défense de ne pas avoir "reconnu que la décision d'acheter le F-35 était déjà bien amorcée quatre ans avant toute annonce officielle".
Le ministère de la Défense "n'a pas établi les coûts complets sur l'ensemble du cycle de la vie" de l'avion, qui pourraient atteindre 25 milliards de dollars, indique le Vérificateur général, un équivalent au Canada de la Cour des comptes en France.
"La Défense nationale n'a pas fourni aux décideurs toute l'information concernant les incidences de la participation au JSF (programme d'avion de combat interarmées) sur le processus d'acquisition", précise le rapport.
"Dans certains cas, il n'existait aucune analyse documentée à l'appui des décisions", ajoute le rapport.
De même, le ministère "n'a pas fait preuve de la diligence nécessaire pour un engagement de 25 milliards de dollars. Il est important qu'un achat si considérable soit géré avec rigueur et transparence", souligne le rapport.
Pour preuve, le ministère de la Défense a contacté sur le tard le ministère des Travaux publics, responsable de la gestion des contrats de l'Etat, qui a donc approuvé cet achat de gré à gré "en l'absence des documents requis et des analyses nécessaires".
L'opposition a tiré à boulets rouges mardi sur le gouvernement conservateur de Stephen Harper qui ignore depuis le début ses critiques concernant ce programme d'acquisition.
"Le gouvernement savait que les F-35 allaient coûter plus cher que prévu, mais il a intentionnellement caché cette information au Parlement et au public", a déclaré Matthew Kellway, député du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche).
Le gouvernement canadien a rapidement réagi à la publication du rapport en assurant que l'enveloppe budgétaire prévue pour le programme F-35 "sera gelée", ce qui pourrait éventuellement se traduire par l'achat de moins d'appareils, voire d'aucun.
"Nous ferons l'acquisition du F-35 uniquement si nous pouvons le faire dans les limites de ce budget" de neuf milliards de dollars, a déclaré le ministre associé à la Défense nationale Julian Fantino.
Les autorités canadiennes mettront aussi en place un nouveau secrétariat chargé de coordonner le remplacement de la flotte des F-18 entre l'ensemble des ministères concernés. Et aucun appareil ne pourra être commandé tant que les nouvelles mesures de supervision ne seront pas mises en place par le gouvernement, a assuré la ministre des Travaux publics, Rona Ambrose.
Mené par les Etats-Unis, en collaboration avec huit de ses alliés (Canada, Australie, Danemark, Italie, Pays-Bas, Norvège, Turquie et Royaume-Uni), le programme d'avion de combat interarmées vise la conception et la fabrication d'un nouvel appareil à la fine pointe de la technologie pour remplacer leurs flottes vieillissantes.